samedi 23 janvier 2010

Independence Day !

Jour 3. Samedi 4 juillet. C'est donc dans cette riante et jolie banlieue de Minneapolis que nous allons profiter pleinement des Célébrations de la Fête de l'Indépendance. Les écoles, les corps constitués (le Shériff et ses adjoints, les pompiers...), les mouvements politiques, les associations (et j'en passe)... en fait, c'est TOUT LE MONDE qui se met sur son 31 pour célébrer la Fête Nationale des États-Unis, l'équivalent de notre 14 juillet, en plus festif encore, en plus familial, en plus "oecuménique", en plus patriote aussi ! Il sera difficile, en ce début de matinée, de trouver d'abord les bons parkings, les bonnes routes et les bonnes écoles pour que le regroupement des participants s'opère, mais on y arrivera, dans l'enthousiasme et la bonne humeur : fanfares, véhicules (militaires ou pas), chevaux et chariots, groupes de Vétérans, "majorettes" (on est loin des nôtres...), autobus scolaires (les fameux autobus jaunes qu'on voit dans tous les films), tout ce petit monde parviendra finalement à converger vers le bon endroit et à s'organiser en un superbe défilé populaire de plus deux heures (dont je vous propose aujourd'hui une dizaine de minutes). Dans le même temps, sièges pliants, parasols et glacières auront préalablement défilé dans une joyeuse pagaille, bonhomme et familiale, jusqu'à permettre à tous de mettre le pied sur le meilleur endroit possible du parcours de la Parade et d'y "planter sa tente".
LA Parade ! Et quelle Parade ! Officiels ou non, camions ou voitures de collection, les véhicules sont rutilants, voire flambants neufs, et l'on a la très nette impression que tout a été passé au Polish... Une Parade faite d'exubérance, d'applaudissements, de rires et d'enthousiasmes successifs. Une Parade constituée d'authentiques Héros, surtout, en la personne des Vétérans de toutes guerres (Corée comprise, dans les années Cinquante), vénérés, acclamés et applaudis à tout rompre. En clair, il y a foule ! Partout. Une foule
fraternellement réunie en une sorte de grande communion autour des Valeurs que l'on connait aux États-Unis. Bref, tout le monde est à la Parade, même les spectateurs !...

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Car le 4 juillet est un jour exceptionnel ! Vous voulez tout savoir ? Allons-y : si l'on en croit wikipedia, "la Journée de l’Indépendance" (Independence Day) est également connue sous le nom du 4 juillet (Fourth of July) et commémore la Déclaration d'indépendance du 4 juillet 1776, vis-à-vis du Royaume de Grande-Bretagne. Ce jour est l’occasion de fêtes et de cérémonies célébrant l'histoire du pays, son gouvernement et ses traditions ; se déroulent notamment des feux d'artifice, des parades, des barbecues, des pique-niques et des matchs de baseball. Bien que le 4 juillet soit pour les Américains une véritable institution, certains prétendent que cette date est arbitraire : les "Néo-Anglais" se sont battus contre les Britanniques dès avril 1775; la première motion concernant l'indépendance a été faite le 4 juin 1776 au Congrès. Après de longs débats, c'est le 2 juillet que celui-ci vota (de façon unanime mais secrète) l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne (la Lee Resolution), et désigna Thomas Jefferson pour écrire une ébauche de déclaration. Le Congrès retravailla le "brouillon" jusqu'à peu après 11 heures, le 4 juillet, quand douze colonies votèrent pour son adoption (New York s'abstint des deux votes) et donnèrent une copie aux imprimeurs (signée seulement par John Hancock, le Président du Congrès, et par le secrétaire Charles Thomson). Philadelphie célébra la Déclaration par des lectures publiques et des feux de joie le 6 juillet. Les autres membres du Congrès ne signèrent pas avant le 2 août, mais le secret fut gardé par peur de représailles britanniques.
Selon Thomas Jefferson, John Adams écrivit à sa femme Abigail le 3 juillet 1776 : «Le second jour de juillet 1776 sera le jour le plus mémorable de l'histoire de l'Amérique. J'ai tendance à croire que ce jour sera fêté par toutes les générations à venir comme la grande fête commémorative. Il mérite d’être célébré comme le jour de la délivrance, par des actions de grâce solennelles rendues à Dieu Tout-Puissant. Il mérite d’être célébré en grandes pompes et avec des parades, des spectacles, des jeux, du sport, des coup de feu, des cloches, des feux de joie, et des illuminations, d’un bout à l’autre du continent, à partir de maintenant et pour toujours».
Les lecteurs modernes pensent comprendre par «illuminations», qu'Adams signifiait "feux d'artifice" mais en réalité, il est fait référence à la coutume du XVIIIème qui consistait à encourager les ménages à placer des bougies allumées à chaque fenêtre. Ce n'est que dans la deuxième moitié du XIXème siècle que les feux d'artifice apparurent lors des célébrations du 4 juillet (principalement à cause de leur prix élevé). Au début du XXème siècle, les Américains se mirent à tirer des coup de feu en l'air pour célébrer le 4 juillet et les villes qui le pouvaient donnèrent de la canonnade. Le vote du 3 juillet fut certainement l'acte décisif, mais le 4 juillet est la date où, ainsi que l'avait édicté le Congrès, les Philadelphiens entendirent pour la première fois des informations concrètes quant à l'Indépendance, contrairement aux rumeurs qui couraient avant.

Des anecdotes ? En voici en voilà : le 4 juillet 1777, à Bristol, 13 coups de canons furent tirés, une première fois le matin et une seconde à la tombée de la nuit... Philadelphie célébra l'anniversaire par un dîner officiel au Continental Congress, des toasts, 13 tirs de fusils, des discours, des prières, de la musique, des parades, une revue de troupes et des feux d'artifices... En 1778, le Général George Washington marqua le 4 Juillet par une double ration de rhum pour ses soldats et un tir d'artillerie... À Paris, les ambassadeurs John Adams et Benjamin Franklin organisent un dîner avec leurs «camarades» français... En 1779, le 4 juillet tombait un dimanche : le jour férié fut célébré le lendemain... En 1781, le Massachusetts reconnut le 4 juillet comme fête nationale... En 1791, le terme d’Independence Day fut utilisé pour la première fois... En 1870, le Congrès fit d’Independence Day un jour férié (quoique non payé) pour les employés fédéraux... En 1941, le Congrès transforma Independence Day en un jour férié fédéral, rémunéré cette fois... Ce n'est que le 4 juillet 1863 (et pour la première fois en 87 ans) que les résidents de Vicksburg (Mississippi) célébrèrent la Fête de l'Indépendance, marquant par la même occasion la fin du Siège de leur ville (la victoire de l'Union scellant la fin de la guerre de Sécession).

Pour notre part, aujourd'hui, nous en avons (encore) pris plein les yeux. J'ai franchement l'impression que ce "positivisme", cette belle et bonne humeur insolente devraient être remboursés par la Sécurité Sociale; je ne vis certes pas notre séjour dans une sorte d'optimisme béat (il est un peu tôt, quoique...) mais le miracle américain est là, et bien là, devant nous, riche de solidarités, de tolérance, d'enthousiasme et de patriotisme. Toutes notions, tous principes réunis autour de cette bannière étoilée qu'arborent fièrement partout maisons, véhicules, bâtiments et vêtements. Une belle leçon de vitalité. Et de patriotisme (je sais, ça fait trois fois que je cite le mot : j'écris ce que je veux). See you soon !

samedi 9 janvier 2010

À l'origine était le Mississippi...

Reprenons le fil de ce jour 2. Ce matin était consacré aux courses à Costco, une vraie découverte du Way of Life américain et du monde de la consommation, une sorte de claque. De retour à la maison, notre premier repas américain fut plantureux : je ne sais pas ce que j'ai, je mange comme si j'avais été mis au jeûne forcé depuis six mois. Il faut dire que le pain est "fait maison", tout comme des tas d'autres plats, ingrédients et desserts dont je reparlerai lorsqu'on aura à nouveau faim...

Cet
après-midi, très concentrée sur son rôle de Guide diplômée, notre hôtesse - appelons-la Deborah par exemple... euh non, appelons-la... Vanessa, ce n'est pas mal, Vanessa, non ?! - a judicieusement prévu de commencer par le... commencement, à savoir le Minneapolis historique, le centre de la ville originelle, le "downtown", ce qui fut à la fois le coeur et le poumon de cette cité : les bords industrieux du Mississippi. Et le centre, aujourd'hui d'une vie culturelle riche de son passé et tout entière tournée vers l'avenir.
Les rives du Mississippi constituent la partie la plus ancienne de Minneapolis. Les habitants ont organisé leur vie en fonction du fleuve, qui a fourni l'énergie et le transport nécessaires au développement économique et démographique de la ville. Minneapolis puise ses origines dans l'existence même de la seule cascade du fleuve Mississippi, les Chutes de St-Anthony, ainsi baptisées en hommage au Saint Patron du père Louis Hennepin, arrivé dans la région vers la fin du XVIIème siècle. Longtemps avant cette époque, les chutes étaient considérées comme sacrées par les peuples du Dakota et d'Ojibwe, qui occupaient alors les berges du fleuve. À partir de la fin du XVIIème siècle et jusqu'en 1803, elles furent alternativement contrôlées par les Français et les Espagnols, avant de devenir ensuite définitivement partie intégrante de l'état du Minnesota.
Minneapolis a plus de ponts sur le fleuve Mississippi que n'importe quelle autre communauté urbaine située sur ce fleuve - même en incluant les ouvrages mettant en oeuvre les techniques de suspension, de voûte de pierre, d'acier ou de béton. C'est également ici, le 23 janvier 1855, que fut "jeté" le premier pont sur le Mississippi, reliant ainsi Nicollet Island à l'avenue de Hennepin, ce qui est maintenant le côté "downtown" (centre ancien) de Minneapolis. Combiné à un pont datant lui-même de 1853 et reliant l'île Nicollet à l'autre côté du fleuve, ce pont suspendu est le tout premier pont d'envergure de tout le parcours du fleuve Mississippi.
Au milieu du XIXème siècle, les chutes furent domestiquées afin de fournir de l'énergie aux industries de minoterie et de bois de charpente; à partir de 1882 et pendant près de 50 années, les bords de la rivière furent alors aménagés en véritable ville dédiée à la production de farine. Minneapolis fut connue comme «la capitale mondiale de la minoterie», et plus officieusement, comme "ville des moulins" : la ville a grandi autour des moulins. En 1870, la population de la ville était de 13.000 habitants; vingt ans plus tard, elle atteignait près de 165.000 "âmes". Le grain entrait là par rail , grâce à un maillage de voies ferrées s'étendant en un réseau dense vers le Dakota et le Canada. Les trains transportaient également la farine à Duluth (lieu de naissance de Bob Dylan) et aux villes de l'est des États-Unis pour l'exportation et l'usage domestique.
Après la Première Guerre Mondiale, les changements apportés dans l'organisation des transports et de l'industrialisation menèrent au départ des entreprises, une sorte de "délocalisation" avant l'heure; les vieux moulins tombèrent en désuétude et l'activité déclina. Aujourd'hui, les bords du Mississipi (à Minneapolis) ont été revitalisés et réhabilités; c'est un endroit où les visiteurs ont plaisir à visiter le quartier, se balader, faire du vélo, dîner, écouter des concerts et aller au théâtre. Beaucoup de bâtiments historiques ont ainsi développé de nouvelles utilisations, même le Washburn, un moulin fermé en 1965, puis presque détruit par un incendie en 1991.
Arrêtons-nous un peu sur ce Washburn : construit en 1874, le moulin original fut d'abord soufflé par un "coup de poussière de farine", sorte de coup de grisou qui coûta 18 vies. L'explosion et le feu qui en résulta détruisirent une grande partie du secteur d'activité des bords du Mississippi, divisant par deux la capacité de production de Minneapolis. Un nouveau moulin fut reconstruit en 1880, équipé de machines de pointe permettant une exploitation sûre et la production d'une farine de haute qualité; c'était le moulin le plus grand et le plus technologiquement avancé du monde, comportant de nouveaux rouleaux automatiques en acier en lieu et place des meules traditionnelles. À son apogée, on prétendait que ce moulin fabriquait assez de farine pour faire 12 millions de pains de pain par jour. Lorsque les progrès de la technologie et les préférences des consommateur évoluèrent, le moulin devint obsolète et ses installations dépassées; il cessa son activité en 1965. Presque détruit en 1991, il vit ses ruines intégrées désormais au Mill City Museum (le musée de la "ville des moulins").

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Belle balade en vérité que celle de cet après-midi, riche en découvertes et en kilomètres à pied (ça use, ça use, mais c'est trop bon..). En prendre plein les yeux devient déjà une habitude dont on ne se lasse pas. Qu'il s'agisse de ce majestueux Mississippi qui a su créer autant d'emplois, de ces monumentales et austères façades vieillottes derrière lesquelles on imagine sans peine tout un monde laborieux et fébrile, de ces nombreux espaces verts qu'on parcourt avec nonchalance, de ce panorama unique qu'on découvre sur le Mississippi du haut de ce "ponton suspendu" qu'on va "chercher" en passant par un "méga-complexe" de salles de théâtre, ou de ce Coca "à volonté" qu'on sirote avec une délectation non coupable dans l'espace "café" du Mill City Museum, l'après-midi en a séduit plus d'un...